Chronologie

source: Le point

L'aventure de WikiLeaks, créé en 2006, a commencé bien avant la divulgation des rapports secrets du Pentagone et de la diplomatie américaine. Retour sur les grandes dates du site de Julian Assange, qui incarne pour certains l'avenir de la démocratie et pour d'autres l'ennemi à abattre.

2007

Les fuites d'information de Julian Assange commencent véritablement au Kenya, où l'Australien a longtemps vécu. Il publie un rapport secret sur la corruption dans le pays, et met en difficulté le président sortant Mwai Kibaki, qui est quand même réélu, mais perd les législatives. Quelques mois plus tard, le site publie un premier document américain : les procédures d'interrogatoire standard des prisonniers de Guantánamo. La torture psychologique infligée aux pensionnaires du Camp Delta devient une réalité aux yeux du monde.

2008

WikiLeaks publie des documents sur les activités offshore douteuses de la banque suisse Julius Baer, mettant en péril ses dirigeants. À la fin de cette même année, le site porte un coup à Sarah Palin, la colistière républicaine de John McCain pour la Maison-Blanche, en révélant qu'elle ne respecte pas la loi sur les communications professionnelles.

 

2009

WikiLeaks écorne son image de chevalier blanc. Le site publie le rapport d'enquête belge sur l'affaire Dutroux : ses 1 235 pages étaient déjà disponibles sur un autre site web depuis des années (moyennant 30 euros), mais la publicité faite au document fait bondir les autorités. Le procureur général de Liège fulmine : "Ce sont des infos vraies, fausses, très disparates et qui mettent en cause une série de gens qui n'ont parfois rien à se reprocher." Dans le même temps, le site diffuse des centaines de milliers de messages texte envoyés durant les attentats du 11 septembre 2001. Julian Assange brise le tabou jusqu'alors respecté par la presse américaine et expose les derniers instants des victimes, ce que tous les Américains n'apprécient pas.

Mais la cuvée 2009 n'est pas que mauvaise pour WikiLeaks : la plate-forme se procure aussi la liste noire des sites internet censurés par l'Australie, au nom de la lutte contre la pédophilie. Des sites tout à fait légaux y figurent, par erreur ou par intérêt du gouvernement au pouvoir. Julian Assange prouve ainsi que même une démocratie occidentale ne peut pas censurer le Web en respectant les libertés fondamentales. Son site est ajouté quelques jours plus tard sur la liste noire...

2010 :

C'est le vrai tournant pour WikiLeaks. Deux rapports de la CIA publiés en mars montrent respectivement comment l'agence de renseignements américaine voulait couler le site gênant, et comment elle espérait impliquer l'Europe dans la guerre en Afghanistan, notamment en "culpabilisant l'opinion publique française". Les choses sérieuses commencent en avril, avec la publication d'une vidéo datant de 2007, tournée depuis un hélicoptère américain. Elle prouve que l'US Army a abattu deux employés de l'agence de presse Reuters. Les pilotes, qui semblent confondre les appareils photo avec des armes, ont malgré tout détourné les règles d'engagement. Ils détruisent aussi le véhicule venu ramasser les corps, impossible à confondre avec un pick-up d'insurgés, avant de plaisanter lorsque des blindés appelés en renfort roulent sur les cadavres. Des images insoutenables, où l'on voit un journaliste blessé ramper pour tenter de s'abriter avant qu'une seconde rafale de l'hélicoptère ne déchiquette son corps, entre deux blagues des pilotes sur ses tentatives de survie.

Mais c'est en juillet que tout s'emballe pour le site. 92 000 rapports secrets sur la guerre d'Afghanistan sont mis en ligne et dévoilent les failles des versions officielles de certains incidents. Washington et ses alliés, dont la France, ne décolèrent pas et estiment que ces informations mettent en danger leurs personnels sur le terrain. Quelques mois plus tard, rebelote : WikiLeaks dévoile 400 000 documents secrets, cette fois sur l'Irak. Tortures, assassinats, abus de pouvoir : les dérives des forces de sécurité irakiennes semblent couvertes par la coalition.

 

 Au mois d'août 2010

La Suède lance un avis de recherche visant Julian Assange, impliqué dans une affaire de moeurs. L'homme aurait refusé de porter un préservatif durant des relations sexuelles consenties avec deux Suédoises, et son refus de faire un test de séropositivité conduit les jeunes femmes à déposer une plainte. La traduction de la charge retenue par le mot "viol", inadapté, n'aide pas Assange. Si l'avis de recherche avait été annulé, le parquet suédois ne baisse pas les armes et lance un mandat d'arrêt européen. L'homme est arrêté à Londres, où il est placé en résidence surveillée avant de s'enfuir dans l'enceinte de l'ambassade d'Équateur, à l'été 2012. Le pays sud-américain lui accorde l'asile, mais Londres est coincé par la suprématie du droit européen qui l'oblige à exécuter le mandat d'arrêt si l'occasion se présente : la situation est bloquée, Assange ne peut pas sortir de l'ambassade.

 

 

 

 

 

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