Acteurs scientifiques

ÉLISABETH ROUDINESCO, HISTORIENNE ET DIRECTRICE DE RECHERCHES À L'UNIVERSITÉ DE PARIS-VII

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Élisabeth Roudinesco, née le 10 septembre 1944 à Paris, est une universitaire, historienne et psychanalyste française, biographe de Jacques Lacan et de Sigmund Freud, et auteur d'une vingtaine d'ouvrages sur l'histoire de la Révolution française, de la psychanalyse, de la philosophie et du judaïsme.

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Élisabeth Roudinesco publie en décembre 2010 sur le site Internet de Libération, un journal orienté à gauche, une tribune exprimant son point de vue sur Wikileaks. En voici un extrait:

« Le déballage par le site WikiLeaks de milliers de courriers, mails et échanges qui auraient dû demeurer secrets jusqu’à l’ouverture des archives par des historiens pose, une fois de plus, le problème de la transparence. Depuis qu’Internet a acquis un pouvoir de divulguer tout et n’importe quoi, des pirates surdoués peuvent se prendre pour les nouveaux Robin des bois d’un altermondialisme pour le moins suspect, consistant à faire croire à leurs internautes que tous les Etats du monde auraient organisé un vaste complot visant à asservir les pauvres citoyens (lire page 4). Ces derniers seraient ainsi les victimes inconscientes d’une puissance obscure et antidémocratique fondée sur le règne du crime et de la corruption. Telle est en tout cas l’idée fixe de cet étrange hacker australien - Julian Assange -, qui se croit un bienfaiteur de l’humanité alors même qu’il est pourchassé - peut-être à tort - par la justice suédoise dans le cadre d’une enquête pour suspicion de viol et d’agression sexuelle. Au point qu’il se cache quelque part en Grande-Bretagne et ne communique plus avec le reste du monde qu’à l’aide d’une messagerie cryptée. «Il est mon fils et je l’aime», a déclaré sa mère à la chaîne australienne ABC. » Picto gris droite

 

Élisabeth Roudinesco exprime ici une opinion très critique de Wikileaks. Son expertise en tant qu'historienne semble la pousser à la méfiance vis-à-vis du projet et de sa nécessité. Elle remet également en cause la légitimité de publier des documents secrets avant l'ouverture des archives par les historiens.

Une autre tribune qu'elle publie sur le même site quelques mois plus tard permet de mieux comprendre son raisonnement.

« A cet égard, la liberté de la presse et des médias audiovisuels est telle que les crimes, mensonges et délits commis par des Etats ou des personnes publiques, d’un bout à l’autre de la planète, peuvent être révélés en temps réel à l’opinion : bavures militaires, viols, abus de confiance, fausses informations. Mais si l’on n’y prend pas garde, un tel pouvoir, aujourd’hui mondialisé, peut aussi contribuer à un excès de la transparence, notamment s’il se laisse séduire par des hackers convaincus que le déballage de milliers de documents à caractère confidentiel, puisse être de nature à épurer les Etats de leurs mauvais penchants. »

« On évite alors la névrose de la transparence, c’est-à-dire l’illusion que la réalité brute - archive, image, texte - puisse devenir la mesure de toute vérité. On ne peut pas tout dire, tout voir, tout montrer. »

« Telles sont les métamorphoses de la transparence. Il faut la valoriser tout en critiquant ses dérives et sans oublier que son instrumentalisation conduit au pire. »

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L'historienne montre ici plus de nuance en concédant l'importance de la transparence, mais met en garde contre ses excès en évoquant des épisodes de l'Histoire où une transparence extrême n'était plus un pilier de la démocratie mais au contraire un outil de répression au service des dictatures.

 

GEOFFROY DE LAGASNERIE, PHILOSOPHE ET SOCIOLOGUE

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Geoffroy de Lagasnerie est un philosophe et sociologue français. Ses travaux portent notamment sur la philosophie sociale et politique, l'épistémologie et la théorie critique ou encore la sociologie de la culture et des intellectuels. Il s'intéresse en particulier aux travaux de Pierre Bourdieu et de Michel Foucault.

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Geoffroy de Lagasnerie publie sur son propre site internet un extrait de l'émission « Ce soir ou jamais » à laquelle il a participé en interrogeant le spectateur sur le sujet des lanceurs d'alertes.

« J'ai été très intéressé par cette affirmation [...] de l'idée selon laquelle on peut et c'est important d'encourager la dénonciation anonyme. »

« Comment est-ce que l'anonymat peut nous permettre de nous interroger sur les injonctions implicites qui pèsent sur le sujet politique, et qui vont décourager l'action ? »

« Et moi je crois que la grandeur d'un site comme Wikileaks, précisément est de dire "vous n'avez pas à vous mettre en danger quand vous êtes témoin d'un dysfonctionnement, vous devez déposer anonymement des fuites, nous vous protégeons, parce que précisément de cette manière-là on fait proliférer les sujets de dénonciation [...]", et par exemple quand vous pensez à Chelsea Manning, l'analyste militaire que j'analyse, et qui a déposé sur le site Wikileaks les fuites sur le dysfonctionnement de l'armée, sur les crimes de l'armée américaine, il est évident que si elle avait dû agir publiquement, on n'aurait jamais eu connaissance de ces crimes, donc la démocratie aurait régressé, et que l'anonymat est aujourd'hui une manière de régénérer l'idée démocratique. »

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Il exprime ici une option favorable aux sites lanceurs d'alerte en faisant principalement l'éloge de l'anonymat et de la protection des sources, un des principes fondateurs de Wikileaks. Pour lui, les sites lanceurs d'alerte sont un moyen de repenser la responsabilité politique de l'individu. La pression qui pèse sur lui en temps normal et lui fait encourir des représailles s'il s'exprime publiquement à l'encontre de son gouvernement ou d'autres institutions puissantes, serait un obstacle à la démocratie, auquel répond Wikileaks. Une connaissance professionnelle de Geoffroy de Lagasnerie des questions sociologiques le pousse à estimer comme très important le contexte social dans lequel le témoin d'un dysfonctionnement décide ou non de s'exprimer ; l'anonymat serait la solution.

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